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Communication des conclusions du rapporteur public : attention à la précision

Antoine Fouret - Avocat Associé

Nausica Avocats 

12 Rue des Eaux, 75016 Paris

09 78 80 62 27

Par un arrêt du 24 février 2026 (n° 24TL01482), la Cour administrative d’appel de Toulouse annule un jugement du Tribunal administratif de Montpellier pour vice de procédure tenant à une communication insuffisante du sens des conclusions du rapporteur public. Cette décision rappelle avec rigueur les exigences de l’article R. 711-3 du code de justice administrative et sanctionne une pratique pourtant courante : la communication d’indications trop génériques ne permettant pas aux parties de préparer effectivement leur défense.

Le 19 mars 2024 à 18 heures, soit moins de 48 heures avant l’audience fixée au 21 mars 2024 à 9 heures 30, le rapporteur public avait coché dans l’application Sagace la case « annulation totale ou partielle ». Aucune autre précision n’était fournie sur l’étendue de l’annulation envisagée, les actes concernés, ou les effets dans le temps de cette annulation.

L’article R. 711-3 du code de justice administrative impose que les parties soient mises en mesure de connaître, dans un délai raisonnable avant l’audience, l’ensemble des éléments du dispositif de la décision que le rapporteur public compte proposer, à l’exception des conclusions accessoires. Cette obligation vise trois objectifs : permettre aux parties d’apprécier l’opportunité d’assister à l’audience publique, de préparer des observations orales après les conclusions du rapporteur public, et d’envisager la production d’une note en délibéré.

La simple mention « annulation totale ou partielle » ne permettait pas, dans les circonstances de l’espèce, de connaître l’étendue de l’annulation proposée. En effet, plusieurs issues étaient envisageables : annulation rétroactive ou différée, annulation du seul contrat ou également de la délibération l’approuvant, annulation pour vice de forme ou pour incompétence de fond. Face à cette indétermination, les parties ne pouvaient utilement anticiper la teneur des conclusions et adapter leur stratégie procédurale.

La méconnaissance de l’article R. 711-3 constitue un vice de procédure entraînant l’annulation du jugement. La Cour précise que cette exigence s’impose « à peine d’irrégularité de la décision rendue sur les conclusions du rapporteur public ». Il ne s’agit pas d’une simple recommandation de bonne administration de la justice, mais d’une obligation dont la violation vicie la procédure de manière irrémédiable.

Cette décision adresse un message clair aux juridictions administratives : l’obligation de communication ne se satisfait pas d’indications standardisées ou génériques. Lorsque plusieurs issues sont juridiquement possibles, le rapporteur public doit préciser celle qu’il envisage de proposer. Pour les parties, cette jurisprudence confirme qu’une information insuffisante, même respectant formellement le délai de communication, constitue un vice procédural autonome justifiant l’annulation.

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