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Agent municipal et divergences politiques avec le maire : le droit comme rempart contre l’arbitraire

Antoine Fouret - Avocat Associé

Nausica Avocats 

12 Rue des Eaux, 75016 Paris

09 78 80 62 27

La tentation est ancienne et le phénomène bien documente : a l’issue d’une élection municipale, le nouveau maire cherche a se débarrasser des agents en poste, perçus comme des relais de l’équipe sortante ou comme des opposants déclarés. La question qui se pose alors avec acuité est celle-ci : le droit permet-il a un élu local de mettre fin aux fonctions d’un agent municipal au motif de divergences politiques ? La réponse du droit positif est catégorique : non.

I. Le principe cardinal : la séparation du politique et de l’administratif

 

La fonction publique territoriale repose sur un édifice normatif solide, dont la pierre angulaire est la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires (dite loi Le Pors), complétée par la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives a la fonction publique territoriale.

L’article 6 de la loi du 13 juillet 1983 pose un interdit absolu : « Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques […]. » Ce texte constitue le fondement légal de la protection de l’agent face a toute forme de discrimination idéologique.

II. Le fonctionnaire titulaire : une stabilité statutaire quasiment inexpugnable

 

Le fonctionnaire territorial titulaire bénéficie du principe de l’inamovibilité relative, qui signifie qu’il ne peut être mis fin a ses fonctions que dans des cas limitativement énumérés par la loi : démission, licenciement pour insuffisance professionnelle, révocation disciplinaire, mise a la retraite, ou suppression d’emploi.

Or, la divergence d’opinions politiques ne figure dans aucune de ces catégories. Elle ne saurait, par nature, constituer une faute disciplinaire, une insuffisance professionnelle ou un motif d’inaptitude physique. Toute mesure de licenciement ou de mutation forcée motivée, même implicitement, par les convictions politiques de l’agent serait constitutive d’une voie de fait administrative susceptible d’être annulée par le juge.

La jurisprudence administrative est constante sur ce point, depuis la jurisprudence Barel bien connue de 1954.

 

III. Les agents contractuels : une vulnérabilité relative mais encadrée

 

La situation des agents contractuels de droit public est plus nuancée. Leur contrat peut ne pas être renouvelé a son terme, sans que l’employeur soit tenu de fournir une motivation explicite dans certains cas. Cette souplesse pourrait, en apparence, ouvrir une voie détournée pour sanctionner les opinions politiques d’un agent.

Toutefois, plusieurs mécanismes juridiques viennent contrecarrer cette stratégie. Le décret n° 88-145 du 15 février 1988 relatif aux agents non titulaires de la fonction publique territoriale impose un examen sérieux du renouvellement et protège l’agent contre toute décision discriminatoire. En outre, le juge administratif exerce un contrôle de la motivation réelle de la décision, même lorsque celle-ci n’est pas formellement motivée.

Si le non-renouvellement est en réalité fonde sur les opinions politiques de l’agent, il encourt l’annulation pour détournement de pouvoir, l’un des moyens les plus redoutables du contentieux administratif.

IV. Les recours ouverts a l’agent victime de discrimination politique

 

L’agent qui s’estime sanctionne en raison de ses opinions dispose d’un arsenal de recours qu’il convient d’activer rapidement, les délais de prescription étant stricts en droit public :

  • Recours gracieux auprès de l’autorité territoriale dans les deux mois suivant la décision contestée;
  • Recours pour excès de pouvoir devant le tribunal administratif compétent;
  • Action en reconnaissance de la qualité de travailleur handicape ou harcèlement moral si les agissements réitèrent;
  • Reference-suspension si l’urgence est caractérisée.

 

En résumé

 

La couleur politique d’un agent municipal ne saurait constituer un motif valide de séparation, quelles que soient les divergences avec l’exécutif local. Le statut de la fonction publique territoriale, la jurisprudence administrative et les engagements européens de la France convergent pour ériger une protection robuste contre tout arbitraire politique. L’agent qui en est victime dispose de voies de recours effectives. Il convient de les saisir sans tarder.

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