Accès à la formation d’agent de sécurité : le juge des référés de Lyon suspend un refus du CNAPS fondé sur un incident dérisoire
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Un incident de caisse portant sur moins de dix euros ne devrait pas fermer l’accès aux métiers de la sécurité privée. C’est pourtant l’effet produit par un refus d’autorisation préalable opposé par le Conseil national des activités privées de sécurité, puisque la formation ne peut être suivie sans cette autorisation. L’ordonnance rendue le 21 septembre 2026 par le juge des référés du tribunal administratif de Lyon montre l’utilité du référé dans cette situation.
Un candidat à la formation d’agent de sécurité privée s’était vu opposer un refus le 24 mars 2026, confirmé par le rejet implicite de son recours gracieux le 6 juillet 2026. Il soutenait que la seule mise en cause invoquée portait sur un achat de moins de dix euros qu’il aurait omis de présenter à la caisse d’un magasin, que les faits avaient fait l’objet d’un classement sans suite, et que la décision avait été prise sans procédure contradictoire.
Une urgence caractérisée par la perte d’une formation et d’une embauche
L’urgence suppose une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Le juge l’apprécie concrètement, au vu des justifications produites, objectivement et à la date à laquelle il statue.
Les éléments retenus sont significatifs. L’intéressé était inscrit à une session de formation d’agent de prévention et de sécurité et ne pouvait y entrer sans l’autorisation refusée. Il percevait le revenu de solidarité active depuis le mois de mars 2026, ce qu’attestait la caisse d’allocations familiales, et se trouvait dans l’impossibilité de bénéficier d’une promesse d’embauche subordonnée à l’obtention de l’autorisation d’exercice. La conjonction d’une formation imminente, d’une absence de revenus d’activité et d’une perspective d’emploi concrète a emporté la conviction du juge.
L’enseignement pratique est direct : l’urgence se démontre par des pièces datées, une attestation d’inscription en formation, une promesse d’embauche, un justificatif de ressources. Une contestation engagée plusieurs mois après le refus initial demeure recevable, la décision continuant de produire ses effets, mais elle suppose de relier le recours à une échéance précise et vérifiable.
Une exigence procédurale mérite d’être rappelée : la demande de suspension suppose que la décision contestée fasse l’objet d’une requête en annulation. Dans cette affaire, le recours au fond avait été enregistré le même jour que le référé. Cette précaution, parfois négligée, conditionne la recevabilité de la demande, la copie de la requête en annulation devant accompagner le référé.
Le doute sérieux et l’injonction de délivrer l’autorisation
L’article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure interdit d’employer ou d’affecter à une activité privée de sécurité une personne dont il résulte de l’enquête administrative, comportant le cas échéant la consultation des traitements de données gérés par les services de police et de gendarmerie, que le comportement ou les agissements sont contraires à l’honneur, à la probité ou aux bonnes mœurs, ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l’État, et sont incompatibles avec l’exercice de ces fonctions.
Le juge retient un doute sérieux tiré de l’erreur d’appréciation, en relevant que le requérant indiquait, sans être contredit, que les faits en litige portaient sur un achat de moins de dix euros qu’il aurait omis de présenter à la caisse d’un magasin. L’ordonnance illustre ainsi une exigence de proportion : l’administration ne peut se satisfaire de la mention d’un fait dans un fichier, elle doit apprécier concrètement sa gravité et son incompatibilité avec les fonctions envisagées. Cette approche rejoint celle retenue par la cour administrative d’appel de Paris, qui a jugé le 14 septembre 2026 qu’un refus devait tenir compte des circonstances de commission des faits, de leur date et de leur caractère isolé.
Les deux conditions étant réunies, l’exécution du refus et du rejet du recours gracieux est suspendue jusqu’au jugement au fond. Le juge va plus loin : au regard du motif de la suspension, il enjoint au Conseil national de délivrer l’autorisation sollicitée dans un délai de quinze jours, dans l’attente de la décision sur la légalité. Le Conseil national verse 1 000 euros au titre des frais d’instance. Le requérant sollicitait un délai de cinq jours et 2 000 euros : le juge module, sans priver la mesure de son efficacité.
Pour les candidats aux métiers de la sécurité privée, cette ordonnance confirme que le refus d’autorisation préalable n’est pas insurmontable. Elle rappelle surtout l’intérêt d’agir vite, en produisant l’inscription en formation et la promesse d’embauche, et de contester frontalement l’appréciation portée sur des faits anciens, minimes ou classés sans suite. Nausica Avocats assiste les candidats et les entreprises du secteur dans leurs relations avec le Conseil national des activités privées de sécurité et devant le juge administratif.
FAQ
Quelle autorisation est nécessaire pour entrer en formation d’agent de sécurité ?
L’accès à la formation conduisant aux métiers de la sécurité privée est subordonné à une autorisation préalable délivrée par le Conseil national des activités privées de sécurité. Elle est demandée avant l’entrée en formation et repose sur une enquête administrative comportant, le cas échéant, la consultation des traitements de données gérés par les services de police et de gendarmerie. Sans cette autorisation, l’organisme ne peut inscrire le candidat, ce qui bloque l’accès à la profession et, bien souvent, une embauche déjà promise par une entreprise du secteur.
Quelle portée a un classement sans suite dans l’appréciation du CNAPS ?
L’existence de poursuites ou de sanctions pénales n’est pas, à elle seule, déterminante : le Conseil national peut se fonder sur des faits qui n’ont donné lieu à aucune condamnation. À l’inverse, un classement sans suite et la faible gravité des faits constituent des éléments qui doivent être pris en compte dans l’appréciation globale de la situation. Le juge des référés de Lyon a retenu un doute sérieux en relevant que la seule mise en cause portait sur un achat de moins de dix euros. Le candidat a donc intérêt à documenter précisément la nature et l’issue de la procédure.
Comment démontrer l’urgence devant le juge des référés ?
Il faut établir les effets immédiats du refus sur la situation personnelle : date de début de la formation, attestation d’inscription, promesse d’embauche subordonnée à l’autorisation, absence de revenus d’activité, perception éventuelle du revenu de solidarité active. Le juge apprécie ces éléments à la date à laquelle il statue. Dans l’affaire commentée, la formation devait débuter le lendemain de l’audience, ce qui a pesé de manière décisive. Il est donc préférable de saisir le juge dès que le calendrier de la formation est connu, sans attendre la réponse au recours gracieux.
Que peut ordonner le juge des référés face à un refus du CNAPS ?
Il peut suspendre l’exécution du refus et du rejet du recours gracieux jusqu’au jugement au fond, puis prescrire les mesures qu’implique cette suspension. À Lyon, le juge a enjoint au Conseil national de délivrer l’autorisation sollicitée dans un délai de quinze jours, dans l’attente de la décision sur la légalité. Cette injonction conserve un caractère provisoire. Le juge peut également mettre une somme à la charge du Conseil national au titre des frais d’instance, ici 1 000 euros sur les 2 000 euros demandés.
Quelles démarches accomplir avant de saisir le juge ?
Un recours gracieux peut être adressé au directeur du Conseil national, ce qui proroge le délai de recours contentieux. Il est utile de demander la communication des éléments sur lesquels l’administration s’est fondée et, lorsque des mentions figurent au traitement des antécédents judiciaires, d’engager une démarche d’effacement auprès du procureur de la République ou du magistrat référent chargé du contrôle de ce fichier. Le recours en annulation doit ensuite être déposé, sa copie devant accompagner la demande de référé à peine d’irrecevabilité.
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