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Avancement des officiers : la cour administrative d’appel de Paris valide la présélection par créneaux d’ancienneté

Antoine Fouret - Avocat Associé

Nausica Avocats 

12 Rue des Eaux, 75016 Paris

09 78 80 62 27

Pour un officier qui remplit les conditions statutaires et dont les appréciations sont élogieuses, ne pas figurer au tableau d’avancement suscite une incompréhension profonde, parfois un sentiment d’injustice. Le contentieux de l’avancement au choix compte pourtant parmi les plus exigeants du droit de la fonction publique, tant le contrôle du juge y est restreint. L’arrêt rendu le 14 septembre 2026 par la cour administrative d’appel de Paris en offre une illustration nette.

Un commandant du corps technique et administratif de l’armée de terre, promu à ce grade en 2012 puis admis, à compter du 1er janvier 2021, dans le corps des commissaires des armées, contestait son absence d’inscription au tableau d’avancement au grade de lieutenant-colonel au titre de l’année 2021. Après le rejet de son recours par la ministre des armées, sur avis de la commission des recours des militaires, il avait obtenu du tribunal administratif de Paris, le 9 février 2024, l’annulation de cette décision. Les premiers juges avaient estimé que l’administration avait commis une erreur manifeste d’appréciation en limitant la comparaison de ses mérites aux seuls officiers de son créneau d’ancienneté. Le ministre a relevé appel.

 

Des créneaux d’avancement conformes au code de la défense

 

L’avancement de grade des militaires obéit aux articles L. 4136-1 à L. 4136-4 du code de la défense. Il a lieu au choix, au choix et à l’ancienneté ou à l’ancienneté, et nul ne peut être promu au choix s’il n’est inscrit sur un tableau d’avancement établi au moins une fois par an, par corps. L’article L. 4136-4 renvoie aux statuts particuliers le soin de fixer les conditions de promotion, lesquels peuvent notamment subordonner la promotion à une ancienneté maximale dans le grade inférieur. Le décret du 15 mars 2019 portant statut particulier des officiers du corps technique et administratif de l’armée de terre réserve ainsi la promotion au grade de lieutenant-colonel aux commandants comptant au moins cinq ans de grade.

En pratique, les commandants promouvables font l’objet d’un classement annuel nourri par les travaux des notateurs et des fusionneurs, une mention d’appui et un indice relatif interarmées. Leur valeur est d’abord comparée au sein de créneaux regroupant les officiers ayant la même ancienneté de grade. C’est ce mécanisme que le tribunal avait censuré.

La cour adopte la lecture inverse. Elle juge que les dispositions du code de la défense permettent aux statuts particuliers de définir des créneaux d’avancement, en subordonnant les promotions à une ancienneté maximale dans le grade inférieur ou à une durée minimale à accomplir dans le grade supérieur avant la limite d’âge, et en prévoyant des proportions. Ce système répond aux besoins de l’encadrement et à l’aptitude à exercer les responsabilités du grade supérieur. L’autorité militaire pouvait donc, sans ajouter de condition aux textes, organiser une présélection par créneau, puis comparer les mérites de l’ensemble des candidats présélectionnés, quelle que soit leur ancienneté. Le motif d’annulation retenu en première instance est ainsi écarté.

 

Un contrôle restreint des mérites comparés et des griefs d’inégalité écartés

 

Saisie de l’ensemble du litige par l’effet dévolutif de l’appel, la cour a examiné les autres moyens de l’officier. Elle rappelle que l’inscription au tableau d’avancement ne constitue pas un droit, et que le juge de l’excès de pouvoir ne se borne pas à apprécier la valeur professionnelle du candidat écarté : il analyse, dans le cadre d’un contrôle restreint, ses mérites au regard de ceux des autres candidats.

L’intéressé faisait valoir son ancienneté, ses appuis hiérarchiques et ses appréciations très favorables. La cour relève cependant que le ministre avait produit un tableau comparatif, non contesté, dont il ressortait que les trois derniers officiers promus avaient obtenu, au cours des trois dernières années, des indices relatifs interarmées supérieurs et des mentions d’appui plus favorables. Ni l’ancienneté supérieure du requérant, ni l’obtention d’une médaille de l’ordre national du Mérite, ni son rang dans l’annuaire n’étaient déterminants. Aucune erreur manifeste d’appréciation n’était donc caractérisée.

Les autres griefs n’ont pas davantage prospéré. Le plan mixité issu de la loi de programmation militaire pour les années 2019 à 2025 ne prévoit aucun quota, et seuls les mérites ont été pris en compte. Les critères d’avancement, fixés par une instruction ministérielle du 13 février 2018 et par des notes de 2020 communiquées en première instance, n’étaient pas opaques. Enfin, la cour juge que l’avancement de grade n’est pas une opération de recrutement soumise au principe d’égal accès aux emplois publics garanti par l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Le jugement est annulé et la demande de l’officier rejetée.

Cet arrêt rappelle combien le contentieux de l’avancement exige une démonstration précise. Il ne suffit pas d’établir ses qualités : il faut démontrer, pièces à l’appui, que des candidats moins méritants ont été préférés, en discutant les indicateurs utilisés par l’administration, notamment les indices relatifs et les mentions d’appui. Pour les militaires qui s’estiment injustement écartés, l’enjeu se situe dès le recours devant la commission des recours des militaires, où se construit le dossier qui sera soumis au juge. Nausica Avocats assiste les agents publics civils et militaires dans leurs contentieux de carrière, en veillant à la rigueur de l’argumentation comparative.

 

Cour administrative d’appel de Paris, 9e chambre, 14 septembre 2026, n° 24PA01636

FAQ

❓Quelle est la nature de l’inscription au tableau d’avancement pour un officier promouvable ?

Remplir les conditions statutaires d’ancienneté ne confère aucun droit à l’avancement. La promotion au choix repose sur une appréciation des mérites et de la qualité des services des officiers promouvables, conduite par l’administration au vu des éléments de notation et des travaux de classement. L’officier non retenu peut contester le tableau, mais il doit démontrer une erreur de droit, un détournement de pouvoir, une discrimination ou une erreur manifeste dans l’appréciation de ses mérites comparés à ceux des candidats inscrits. Comme l’a rappelé la cour administrative d’appel de Paris le 14 septembre 2026, ses seules qualités personnelles ne suffisent pas.

❓Que recouvre la notion de créneau d’avancement ?

Le créneau d’avancement regroupe les officiers promouvables selon leur ancienneté dans le grade, afin d’organiser la sélection en fonction des besoins de l’encadrement et de la durée de carrière restant à accomplir. Les dispositions du code de la défense autorisent les statuts particuliers à subordonner la promotion à une ancienneté maximale dans le grade inférieur et à prévoir des proportions. La cour administrative d’appel de Paris juge que l’autorité militaire peut réaliser une première sélection au sein de chaque créneau, puis comparer les mérites de tous les candidats présélectionnés, sans ajouter de condition illégale aux textes applicables.

❓Quelle procédure suivre pour contester un tableau d’avancement militaire ?

Avant tout recours contentieux, le militaire doit en principe saisir la commission des recours des militaires, dont la saisine constitue un préalable obligatoire pour la plupart des actes relatifs à sa situation personnelle. Ce recours doit être formé dans un délai de deux mois. La décision prise par le ministre après avis de la commission se substitue à la décision initiale et peut ensuite être déférée au tribunal administratif. Il est essentiel de développer dès ce stade une argumentation complète et de solliciter la communication des éléments de comparaison, car ce dossier conditionnera largement la suite du litige.

❓Quelle place occupe le principe d’égal accès aux emplois publics dans le contentieux de l’avancement ?

Selon la cour administrative d’appel de Paris, l’avancement de grade ne constitue pas une opération de recrutement soumise au principe d’égal accès aux emplois publics garanti par l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Le militaire écarté ne peut donc utilement invoquer ce texte. Il conserve en revanche la possibilité de se prévaloir du principe d’égalité de traitement entre agents d’un même corps et de l’interdiction des discriminations, notamment fondées sur le sexe. Il lui appartient alors de soumettre au juge des éléments de fait précis laissant présumer une différence de traitement injustifiée.

❓Comment prouver une erreur manifeste d’appréciation dans les mérites comparés ?

La preuve repose sur une comparaison objective et documentée. Il convient d’obtenir les critères d’avancement applicables, les éléments de notation et, lorsque c’est possible, les données relatives aux candidats retenus, telles que les indices relatifs et les mentions d’appui. Les appréciations favorables, l’ancienneté ou les distinctions ne suffisent pas si l’administration établit que les officiers promus présentaient des indicateurs supérieurs. Discuter précisément le tableau comparatif produit par l’administration est indispensable : dans l’affaire jugée, l’absence de contestation de ce tableau a pesé de manière décisive dans le rejet de la demande.

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