Droit de se taire et sanctions disciplinaires : une garantie renforcée
Par un arrêt du 16 janvier 2026, la Cour administrative d’appel de Paris confirme l’annulation d’une exclusion universitaire d’un an, illustrant le contrôle concret exercé par le juge sur les procédures disciplinaires.
Le droit de se taire : un principe cardinal
Découlant de la présomption d’innocence, le droit de se taire s’applique à toute sanction ayant caractère de punition. L’usager d’une université poursuivi disciplinairement doit en être informé dès sa première audition, et ce pour l’ensemble de la procédure.
La Cour précise toutefois que ce droit ne s’applique ni aux échanges ordinaires avec l’administration, ni aux enquêtes internes, sauf détournement de procédure.
L’irrégularité n’entraîne l’annulation que lorsque la sanction repose « de manière déterminante » sur des déclarations faites sans information préalable. Le juge procède ici à une analyse minutieuse du dossier : l’étudiante avait d’abord nié toute connaissance de faits de viol lors d’un stage de ski, avant de les reconnaître lors d’une seconde audition, sans avoir été informée de son droit au silence.
Une approche pragmatique des manquements résiduels
Face aux autres griefs invoqués par l’université, la Cour adopte une démarche réaliste : absence de poursuites antérieures pour certains faits, confusion sur d’autres, défaut de preuve de connaissance. Ces éléments, pris isolément, ne justifiaient pas une exclusion d’un an.
Cette décision rappelle que le formalisme procédural n’est pas une fin en soi, mais vise à garantir l’équité du processus disciplinaire. Le juge vérifie concrètement l’impact de l’irrégularité sur la décision finale pour que chacun puisse faire prévaloir ses droits.
Nausica Avocats
12 Rue des Eaux, 75016 Paris
09 78 80 62 27
Nos derniers articles similaires
-
Discipline dans une école d’ingénieurs : la convocation doit énoncer les garanties de la défense
Une convocation muette sur le droit de présenter des observations écrites et de consulter son dossier suffit à faire suspendre une exclusion définitive. Un élève inscrit en troisième et dernière année du cycle ingénieur avait été définitivement exclu de son école par décision du directeur ......
28 août, 2026 -
Fraude au baccalauréat par intelligence artificielle : interview de Louis le Foyer de Costil au Figaro étudiant
Louis le Foyer de Costil a été interrogé par le Figaro étudiant à propos d’une jurisprudence récente en matière de fraude au baccalauréat commise au moyen d’un outil d’intelligence artificielle (affaire dans laquelle le cabinet n’est pas intervenu). Par un jugement du 23 avril 2025,......
04 août, 2026 -
Exclusion d’un étudiant : la « tolérance zéro » ne dispense pas du principe de proportionnalité
À propos de TA Cergy-Pontoise (réf.), 13 mai 2026, n° 2610035 Une politique institutionnelle de « tolérance zéro », si légitime soit son objet, ne soustrait pas la sanction disciplinaire au contrôle de proportionnalité du juge. Par une ordonnance du 13 mai 2026, le juge......
23 juillet, 2026